INTER CENTRES LGBT AN NOU ALLÉ ! COMMUNIQUÉ N°IC/CP/05/05 Lutte contre le racisme et l'homophobie (Les cérémonies du soixantième anniversaire de la libération d'Auschwitz occultent les déportations noire et homosexuelle. "An Nou Allé !" et la Fédération des CGL, choquées, en appellent au Président de la République et au Premier ministre)
En France, le moteur de recherche du site Internet officiel de la Mission du soixantième anniversaire de la libération des camps et de la fin de la Deuxième Guerre mondiale ne mentionne aucune occurrence des termes "noir/e/s" ou "homosexuel/le/s"... Comme l'écrivait Guy Hocquenghem, "c'est peut-être cela être homosexuel aujourd'hui, savoir qu'on est lié à un génocide pour lequel nulle réparation n'est prévue". Pourtant, un rapport a établi qu'au moins 206 homosexuels ont été déportés de France à cause notamment des fichiers de police établis par la République française. Leur nombre réel est sans doute bien supérieur mais plus d'un demi-siècle d'opprobre a étouffé la voix des témoins. Dans le "Dictionnaire de l'homophobie", Jean Le Bitoux rappelle en substance que les déportés homosexuels masculins subirent l'homophobie des nazis mais aussi de certains de leurs codétenus (qui les désignaient pour partir à la chambre à gaz lorsque les nazis exigeaient d'eux un contingent de suppliciés). Les survivants (40% contre 59% des déportés politiques) durent subir l'homophobie de la société d'après-guerre. En France, la loi homophobe promulguée par le maréchal Pétain le 6 août 1942 fut confirmée par le général de Gaulle le 8 février 1945 et abrogée le 4 août 1982 seulement (alinéa 1er de l'article 334 puis alinéa 3 puis 2 de l'article 331 du code pénal). Le sous-amendement Mirguet qualifiant l'homosexualité de "fléau social" fut adopté le 18 juillet 1960, porté dans la loi du 30 juillet 1960 et suivi le 25 novembre 1960 par le général de Gaulle et son Premier ministre Michel Debré (alinéa 2 de l'article 330 du code pénal, abrogé le 23 décembre 1980 seulement). Le 26 avril 2001, pour la première fois, l'État évoquait la déportation homosexuelle par l'intermédiaire de Lionel Jospin, alors Premier ministre. La Fédération française des Centres gais & lesbiens et de leurs Membres associés (qui regroupent 138 organisations et 2.546 militant/es lesbiennes, gaies, bi et trans) appelle solennellement le Président de la République, Jacques Chirac, et le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, à poursuivre ce travail de reconnaissance entamé en 2001.
[a] Concernant les commémorations de la
déportation homosexuelle en France, voir le communiqué n°IC/CP/05/02
de l'INTER CENTRES LGBT, les 7/14 janvier derniers : "Pour
une vraie reconnaissance de toutes les déportations". [b] Pour une présentation du film de Serge
Bilé, "Noirs dans les camps nazis", établie
par Catherine Akpo pour l'hebdomadaire "Jeune Afrique" : "Pendant la seconde guerre mondiale, des milliers d'Africains
et d'Antillais furent déportés par les nazis. Un documentaire
du journaliste ivoirien Serge Bilé s'efforce de lever cette
chape d'oubli." [c] Pour une présentation du livre de
Serge Bilé, "Noirs dans les camps nazis", établie
par Hervé Mbouguen pour le site Internet Grioo.com : "En
1995, le journaliste Serge Bilé a consacré un documentaire
au sujet des noirs dans les camps nazis, donnant la parole à des
survivants, qui ont pu glacer le sang des spectateurs en décrivant
leur quotidien de "sous-hommes" dans les camps nazis. Film à
l'accueil tiède par les médias "non communautaires",
Serge Bilé a passé les 10 années suivantes à
se documenter sur le sujet, découvrant ainsi que le tout premier
génocide allemand s'est déroulé... en Afrique, plus
précisément en Namibie où les apprentis-nazis ont
pu expérimenter leurs tristes méthodes." [d] Pour un recueil de (rares) témoignages
sur la déportation homosexuelle, établi par Lutz Van Dijk : "La Déportation des homosexuels (Onze témoignages
- Allemagne 1933-1945)" (traduit de l'allemand par Charles
Adam), H&O, Paris, 2000. Présentation par les éditions
H&O : "Le pouvoir totalitaire nazi considérait
les homosexuels comme des ennemis de l'État au même titre
que les opposants politiques. Dès 1935 il avait planifié
leur déportation dans les camps de concentration et mis en place
un eugénisme virulent visant à débarrasser la race
aryenne de ses "scories". De nombreuses expériences médicales,
dont la castration, font partie des pratiques proprement vétérinaires
mises en place par cette idéologie démente. Les témoignages
poignants rassemblés dans cet ouvrage nous donnent un aperçu
concret des rouages de la dictature nazie et de ses effets tragiques sur
la vie des homosexuels. Ils nous incitent aussi à réfléchir
sur le préjugé homophobe dont les nazis sont loin d'avoir
le monopole. Lorsqu'ils mirent en place la politique systématique
de répression des homosexuels, ils ne firent que pousser à
ses ultimes conséquences un article de loi [le §175] qui préexistait
au régime totalitaire et réprimait l'homosexualité
masculine dans toute l'Allemagne depuis 1870. Après la guerre,
c'est encore la honte d'avoir été enfermés pour "ça"
qui a empêché les "hommes au triangle rose" de
témoigner, du fait que l'article discriminatoire restait en vigueur,
mais aussi à cause du silence complice des gouvernements alliés
dont les propres arsenaux législatifs réprimaient, voire
criminalisaient, l'homosexualité. Combattre le négationnisme
qui consiste à taire la déportation des homosexuels, c'est
aussi dénoncer l'homophobie dans ce qu'elle est réellement : non pas une simple opinion, mais, à l'instar de tout préjugé,
une construction idéologique négatrice de la personne." [e] Pour une bibliographie et pour un recueil
de témoignages sur la déportation homosexuelle, établis
par Franck Daloz et Xavier Jacquenet : "En injectant
des hormones synthétiques dans l'aine droite, on devait obtenir
une inversion des tendances de l'individu. Les médecins SS n'arrêtaient
pas de faire des plaisanteries sur la chose" (Eugène Kogon). [f] Pour une bibliographie, établie
par Jacques Girard : [g] Bibliographie sommaire : [h] Concernant le site Internet officiel de la
Mission du soixantième anniversaire de la libération des
camps et de la fin de la Deuxième Guerre mondiale (le décompte
mentionné a été effectué le 27 janvier à
3 heures) : [i] Une étude historique établie
par Claude Mercier, chargé de mission pour la réalisation
du livre-mémorial de la déportation, a conclu qu'au moins
206 Alsaciens et Mosellans (Français mais Allemands au regard de
l'occupant) ont été déportés durant la Seconde
Guerre mondiale au titre du §175 du code pénal allemand,
sur la base notamment des fichiers de moeurs établis par la police
française avant 1940, ainsi que quatre Français d'autres
départements, volontaires pour le STO, arrêtés en
Allemagne ( "Rapport concernant la déportation d'homosexuels
à partir de la France dans les lieux de déportation nazis
durant la seconde guerre mondiale au titre du motif d'arrestation n°175",
Fondation pour la mémoire de la déportation, 15 novembre
2001). Par ailleurs, la déportation des lesbiennes semble avoir
été possible en Autriche annexée, au titre du §209
du code pénal autrichien. [j] Pour un rappel historique de la reconnaissance
des LGBT en France, établi par le site Internet LGBTH.com : "6 Août 1942 : Le régime de Vichy réprime
fort heureusement le viol d'enfant, mais réprime également
toutes relations sexuelles librement consenties entre une personne de
21 ans ou plus, et une personne de moins de 21 ans... ou encore entre
deux personnes de moins de 21 ans." [k] Pour un rappel historique sur l'article 331
du code pénal, établi par le CFNB (Centre Femmes Natalie
Barney) : "De Gaulle signe donc l'ordonnance qui deviendra
l'article 331 al.3 du code pénal, stipulant que sera puni d'un
emprisonnement de 6 mois à 3 ans et d'une amende de 200 à
50.000 F, quiconque aura commis un acte impudique ou contre-nature avec
un individu de son sexe." [l] Pour un aperçu du climat homophobe
d'après-guerre, établi par Georges Sidéris pour le
Séminaire gai : "Des folles de Saint-Germain-des-Prés
au fléau social - Le discours homophile contre l'efféminement
dans les années 50 : une expression de la haine de soi ?" : "Le 18 juillet, profitant d'une discussion à l'Assemblée
Nationale portant sur les fléaux sociaux, en particulier l'alcoolisme
et la prostitution, le député U.N.R. de la Moselle, Paul
Mirguet, dénonce "la gravité de ce fléau qu'est
l'homosexualité, fléau contre lequel nous avons le devoir
de protéger nos enfants". Il fait adopter un sous-amendement
qui inclut l'homosexualité parmi les fléaux sociaux et qui
permet au gouvernement de prendre "toutes mesures propres à
lutter contre l'homosexualité". La loi du 30 juillet 1960
autorise le gouvernement à prendre des mesures susceptibles de
lutter contre l'homosexualité. Ceci est suivi d'effets, puisque
l'ordonnance n°60-124 du 25 novembre 1960 ajoute un alinéa
2 à l'article 330 du code pénal qui aggrave la peine lorsque
l'outrage public à la pudeur consiste en un acte contre nature
avec un individu du même sexe. Fléau social, l'homosexualité
est désormais considérée comme un délit dans
l'espace public. Sa manifestation doit rester confinée au sein
de la sphère privée. Cet événement politique
est accueilli parmi les adhérents d'Arcadie avec stupéfaction,
il provoque même la panique, certains envisagent même de quitter
la France. Cette situation peut en effet être vécue comme
un échec à la fois de la stratégie et de l'idéologie
d'Arcadie, puisque les homophiles sont condamnés en dépit
de leurs efforts d'intégration. André Baudry, cependant,
ne l'interprète pas de cette façon. Il considère
au contraire, dès le vote de l'amendement, que celui-ci est dû
à la prostitution et aux travestis. Le durcissement de la législation
confirme à ses yeux la nécessité de lutter contre
la prostitution et les excès qui discréditent l'homophilie." [m] Pour un aperçu du climat homophobe
d'après-guerre, établi par Stéphane Riethauser pour
le site Internet Lambda-éducation.ch : "Les oubliés
de l'horreur nazie" : "La barbarie nazie perpétrée
contre les homosexuels ne figure quasiment jamais dans les livres d'histoire.
A 75 ans, Pierre Seel, qui a connu l'horreur des camps et de la guerre,
en est l'un des derniers témoins vivants." [n] Pour un rappel historique du climat homophobe
dans l'armée d'après-guerre, établi par la société
des amis de Gérald Hervé (ex-association "Mémoire
et justice") : "Que soit mentionnée,
à l'initiative courageuse du garde des Sceaux, Robert Badinter,
la loi du 4 août 1982 - en cette date commémorative de l'abolition
(?) des privilèges - qui tend à la suppression au pénal
de toute discrimination sexuelle" (Gérald Hervé,
ancien officier de marine, "La Nuit des Olympica"). [o] Le jeudi 26 avril 2001, Lionel Jospin, alors
Premier ministre, a évoqué la déportation pour homosexualité
lors d'une cérémonie à l'hôtel des Invalides : "Il est important que notre pays reconnaisse pleinement
les persécutions perpétrées durant l'Occupation contre
certaines minorités : les réfugiés espagnols,
les Tziganes ou les homosexuels. Nul ne doit rester à l'écart
de cette entreprise de mémoire." L'INTER CENTRES LGBT fédère
les CGL de France et leurs Membres associés. Les 37 Membres de l'INTER CENTRES LGBT sont les sept CGL d'Angers, Lille, Lyon, Metz, Paris et Reims, et leurs 30 Membres associés à Amiens, Bordeaux, Caen, Chartres, Chauny, Cherbourg, Clermont-Ferrand, Dijon, Grenoble et Lyon, au Mans, à Massy, Marseille, Mont-de-Marsan, Montpellier, Nancy, Nice, Nîmes, Nouméa, Orléans, Rennes, Rivière-Salée, Rouen et Sarreguemines, au Tampon, à Toulouse, Tours, Troyes, Valence et Versailles. Les 37 Membres de l'INTER CENTRES LGBT fédèrent 138 organisations et 2.546 militant/es lesbiennes, gaies, bi et trans à travers toute la France. Ils accueillent environ 30.104 personnes par an (données 2003/2004 recueillies auprès de 21 Membres). L'INTER CENTRES LGBT est soutenue par le SNEG et par Connection. Elle est membre du Collectif pour une autorité indépendante universelle de lutte contre les discriminations, du Collectif "Jerusalem World Pride 2005" et des Gais et lesbiennes branchés.
INTER CENTRES LGBT PRESS RELEASE N°IC/CP/05/05 Fight against racism and homophobie (In the ceremonies for the sixtieth anniversary of the liberation of Auschwitz, the black and homosexual deportations remain consigned to the shadows. "An Nou Allé!" and the French Federation of Gay and Lesbian Centres are shocked and appeal the President of the Republic and the Prime Minister to recognize all the deportations) This Thursday, January 27th, the world celebrates the sixtieth anniversary of the liberation of the death camp at Auschwitz by the Russians. In Poland, the leaders of 45 countries are to celebrate the memory of all the victims of the deportation... All the victims? Not at all! Certain categories of victims remain again, as ever, unrecognized by the authorities and the press, among them, black and homosexual. Jews have legitimately had the dignity of their sufferings recognised, and Gypsies are legitimately making a start to have the dignity of their sufferings recognised, but homosexual and blacks who were murdered in the Nazi camps remain in the oblivion to which the Nazis intended to have them sink. In France, the search engine of official Internet site of the Mission for the sixtieth anniversary of the liberation of the camps and end of the World War II does not mention any occurrence of the terms "black" or "homosexual"... As Guy Hocquenghem has said, "that is perhaps how it is to be homosexual today - to know yourselves to be connected with a genocide for which no commemoration is planned". However, a report has established that at least 206 homosexuals was deported from France resulting, in particular, from the police files established by the French Republic. Their real number is undoubtedly quite a big higher but more than half a century of opprobrium has stifled the voices of the witnesses. As Jean Le Bitoux has written in the "Dictionary of homophobia" (Presses universitaires de France, 2003), male homosexual deportees suffered Nazi homophobia but also the homohobia of some of the other prisoners (who pointed them out for the gas chamber when the Nazis required a quota of victims). The survivors (40% against 59% for the political deportees) had to suffer the homophobia of post-war society. In France, the Mirguet amendment adopted on July 18th 1960 called the homosexuality a "social plague". The homopobic law promulgated by Pétain on August 6th 1942 was confirmed by de Gaulle on February 8th 1945 and was only repealed on August 4th 1982 (subparagraph 1 of article 334 then subparagraph 3 then 2 of article 331 of the penal code). On April 26th 2001, for the first time, the French Republic recalled the homosexual deportations via Lionel Jospin, then Prime Minister. The French Federation of Gay and Lesbian Centres (a gathering of 138 organizations and 2,546 activists) solemnly appeal to the President of the Republic, Jacques Chirac, and the Prime Minister, Jean-Pierre Raffarin, to continue the work of recognition started in 2001. [a] Concerning the commemorations of the homosexual
deportation in France, to see the official statement n°IC/CP/05/02
INTER CENTRES LGBT, on last 7/14 January: "Towards a
true recognition of all the deportations". [English translation of the above French original text. In the event of any differences between the English translation and the French original, the French text shall prevail. Translated thanks to T.E.] Oops, we are still forgetting black and homosexual deportees...
V4IC__200501271420ICPI/
© AN NOU ALLÉ ! CGL Antilles-Guyane & Outre-Mer | Association des NoirEs lesbiennes, gais, bi & trans en France
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