Rivière-Salée, le jeudi 20 juillet 2006
Monsieur le Président, Un compatriote de Votre Excellence, le jeune Alim Mongoche, incarcéré pendant plus d'un an pour homosexualité dans les prisons camerounaises, s'est éteint dans la nuit du 23 au 24 juin. Atteint du sida, Alim n'avait bénéficié d'aucune prise en charge médicale durant sa détention. Jamais le procureur de la République du Cameroun n'a accepté de le remettre en liberté, fût-ce de manière provisoire. Maigrissant à vue d'oeil, incapable de tenir sur ses jambes, Alim a été abandonné à son triste sort par les autorités pénitentiaires camerounaises. Le 29 juin au soir, une veillée funèbre en sa mémoire a eu lieu devant l'ambassade du Cameroun en France en présence de l'évêque de Parténia Monseigneur Gaillot et des adjoints au maire du IXème arrondissement de Paris Jean-Bernard Peyronel et Jean-Claude Legrand, ceints de leur écharpe tricolore. Le cabinet du maire de Paris a par ailleurs fait part de sa solidarité. Sur de grandes affiches arc-en-ciel, les participants ont été conviés à inscrire des messages en mémoire d'Alim : «Ta vie et ta mort sont un appel à lutter pour le droit de vivre et d'aimer » (Monseigneur Gaillot) ; «L'amour, comme la liberté, est sans aucun doute universel » (Jean-Claude Legrand). Aujourd'hui, nous souhaiterions attirer l'attention de Votre Excellence sur les circonstances qui ont provoqué ce drame. Nous savons à quel point Votre Excellence est attachée aux droits humains. Au nombre de ses réalisations, Votre Excellence compte en effet la création du Comité national des droits de l'homme et des libertés. De plus, en 1987, Votre Excellence a publié un essai politique, "Pour le Libéralisme communautaire", qui annonçait l'avènement du multipartisme tout en préconisant la solidarité nationale, la justice sociale et l'éclosion d'une culture basée sur la coexistence harmonieuse des valeurs propres aux diverses communautés qui forment la nation - au nombres desquelles, très certainement, la communauté lesbienne, gaie, bi & trans. Dans cet essai, Votre Excellence réaffirmait également la nécessité de moderniser l'État - et quoi de plus moderne, en ce sens, que de se débarrasser d'une disposition législative poussiéreuse, la pénalisation de l'homosexualité, qui renvoie aux heures les plus sombres du droit pénal européen. En outre, le 18 janvier 1996, Votre Excellence a apposé sa signature au bas de la nouvelle constitution de la République du Cameroun qui dispose notamment en son préambule que le peuple camerounais est "résolu à (...) assurer le bien-être de tous (...) sans aucune discrimination" - et donc, très certainement, sans aucune discrimination à l'encontre de la communauté lesbienne, gaie, bi & trans. Le préambule de la constitution revêtue de la signature de Votre Excellence dispose également que le peuple camerounais "affirme son attachement aux libertés fondamentales inscrites dans la déclaration universelle des droits de l'homme, la charte des Nations-Unies, la Charte africaine des Droits de l'Homme et des Peuples (...), notamment aux principes suivants : Tous les hommes sont égaux en droits et en devoirs. L'Etat assure à tous les citoyens les conditions nécessaires à leur développement ; - L'Etat assure la protection des minorités (...) ; - La liberté et la sécurité sont garanties à chaque individu (...) ; - Tout homme a le droit de se fixer en tout lieu et de se déplacer librement (...) ; - Toute personne a droit à la vie et à l'intégrité physique et morale. Elle doit être traitée en toute circonstance avec humanité. En aucun cas, elle ne peut être soumise à la torture, à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (...) ; - L'Etat est laïc. La neutralité et l'indépendance de l'Etat vis-à-vis de toutes les religions sont garanties (...). L'Etat garantit à tous les citoyens de l'un et de l'autre sexes, les droits et libertés énumérés au préambule de la Constitution." Ces éléments sont d'autant plus précieux que la constitution précise ensuite que "le Préambule fait partie intégrante de la Constitution" (ce qui n'est pas le cas en France, par exemple, et ce qui fait du Cameroun un pays d'autant plus avancé, grâce à Votre Excellence, dans la défense des droits humains). La constitution précisant également que le Président de la République "veille au respect de la Constitution", c'est tout naturellement vers Votre Excellence que nous nous tournons pour nous assurer, par solidarité envers nos frères et soeurs camerounaiSEs, du respect des valeurs exposées ci-dessus. En conséquence, nous souhaiterions aujourd'hui prier Votre
Excellence de montrer Sa compassion envers le sort du jeune Alim Mongoche,
notamment : Sachant que Votre Excellence serait attendue en visite officielle à Paris pour la fin juillet, nous souhaiterions rencontrer Votre Excellence lors de Son séjour afin de Lui présenter nos condoléances pour la disparition de Son jeune compatriote et afin de Lui présenter plus avant nos sollicitations. Daignez agréer, Monsieur le Président, l'expression de notre très haute considération.
S. E. Paul Biya,
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AN NOU ALLÉ ! CGL Antilles-Guyane & Outre-Mer
| Association des NoirEs lesbiennes, gais, bi & trans en France
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